La ciselure, métier rare #2 : Outils

Mis à jour : mars 12

Une très jolie citation de Lucien Falize décrit le métier de ciseleur avec poésie :

Le ciseleur a le devoir de faire dire au métal ce que le sculpteur n'a pu lui donner ; ce que ne livre ni la terre ni la cire ni le bois ni le marbre ; cette fleur de l'épiderme, le chairé de la peau, la maille du tissu, les nervures des feuilles, le moiré des fleurs ; tout cet infini délicat qui charme l'œil et donne la couleur et l'esprit à la matière.

Pour ce faire, plusieurs outils sont à notre disposition.


Les ciselets et outils coupants


Il existe deux grandes catégories : les ciselets clairs (photo de gauche) et les ciselets mats (photo de droite). Je vais passer en revue les formes principales, mais comme les ciselets sont forgés par le ciseleur en fonction de la pièce à décorer, un ciselet peut prendre absolument n’importe quelle forme.



Les ciselets clairs sont les traçoirs, qui ont une forme droite ou courbe, et servent à tracer ou redessiner les contours d’un motif.


Il y a aussi les perloirs et les bouterolles : le perloir bombé (dessin de gauche) sert à faire son empreinte en creux sur la bouterolle (dessin de droite), ils sont donc toujours fabriqués par paire.



Les outils à repousser, beaucoup plus gros pour la plupart, servent à mettre en volume une plaque de métal. Pour le travail du repoussé, il existe aussi les biais, qui sont comme leur nom l’indique taillés en biais, et servent à reprendre les contours d’un volume. Ce sont les outils que j'ai utilisés par exemple pour réaliser ma sculpture Face.


Les têtes des perloirs, les outils à repousser et les biais sont toujours polis afin d’avoir une surface lisse et ne pas marquer le métal outre mesure.


Les ciselets mats sont ceux qui servent à donner de la vie au métal. Il en existe de toutes tailles et toutes formes, les plus répandus sont les mats sablés et les mats à la pointe, qui donnent un grain plus ou moins marqué au métal ; et les mats rayés, qui permettent de tracer par exemple les cheveux ou les poils. Une infinité de textures est possible : imitation d’écorce, d’écailles, de roche ; quadrillage …



Pour ma dernière collection Hibiscus, j'ai par exemple utilisé :


  • Un mat sablé (le plus fin) et un mat grenu pour les pétales

  • Deux perloirs de tailles différentes pour le cœur de la fleur

  • Une bouterolle pour bien tracer le pistil central





Enfin, les outils coupants sont les outils utilisés pour le travail du bronze et dans la technique du pris sur pièce, qui est très proche de la sculpture. Suivant la forme à sculpter on utilise un burin, une agnette, une gouge ou un ciseau, qui ont tous les quatre des profils différents.




Le marteau


Les marteaux de ciseleur ont une forme particulière qui permet de bien tenir l’extrémité du marteau dans la paume de sa main. Au fur et à mesure du temps, le manche prend l'empreinte de la main. L’angle donné entre le manche et la plane (extrémité plate de la tête) du marteau permet de moins fatiguer le poignet. Il existe 2 tailles : le marteau classique et le marteau à repousser, avec un manche plus long et une tête plus grande.



Les marteaux étaient fabriqués de A à Z par le ciseleur, tête comme manche ; mais désormais (en tout cas en me basant sur ma formation à l’école Boulle), on reçoit les têtes fabriquées industriellement, et on taille l’extrémité du manche pour pouvoir emmancher la tête. Il est toujours possible de trouver des marteaux anciens en brocante, ou de faire fabriquer son marteau par un artisan (mais ça coûte plus cher 😉).



Les supports


Pour tenir la pièce travaillée, il y a plusieurs solutions :

  • Dans le cas d’un bronze, qui est souvent un volume, la pièce est prise dans un étau (schéma de gauche) ; ou tenue avec un bout de ficelle passé à travers l’établi sur un support en bois ou un coussin en cuir rempli de sable (schéma de droite).

  • Dans le cas du travail d’une tôle de cuivre ou de laiton, la plaque est prise dans le ciment de ciseleur, sur un boulet.


Le ciment de ciseleur : « on dirait de la cire ». Malgré sa couleur rouge vif, ça n’en est pas. Le ciment de ciseleur, aussi appelé ciment de Fontaine, est composé de carbonate de chaux, de colophane, d’huile et de paraffine.


Il est ensuite mélangé à du suif et à du goudron végétal, dans des proportions variables en fonction du travail à effectuer. Plus on mettra de suif par exemple, plus le ciment sera mou : c’est très utile dans un travail de ciselure en repoussé, c’est-à-dire de mise en volume. Je ne sais pas pourquoi cette matière est appelée « ciment » car l’aspect est très loin d’un ciment de BTP, mais il en existe plusieurs types : de ciseleur, de coutelier …


Le ciment de ciseleur réagit comme de la cire à cacheter : chauffé, il se liquéfie et permet de poser sa pièce dedans. Une fois refroidi (ou tiède dans le cas d’un travail en volume, car le ciment sera plus malléable), il durcit, maintient la pièce correctement, et on peut commencer la ciselure.


Le ciment de ciseleur est coulé en couche de quelques centimètres sur le boulet de ciseleur, appelé ainsi car traditionnellement il était fabriqué à partir d’un boulet de canon scindé en deux ! Le boulet est rempli aux quatre cinquièmes de matériaux pour le lester (briques, tuiles …), et on vient couler une couche de ciment de ciseleur sur le cinquième restant.


Le boulet repose sur un palonnier, aussi appelé « panonier » dans certains ouvrages. C’est un support en cuir cousu à la main, qui joue le rôle d’une « rotule » pour faire pivoter le boulet et travailler sa pièce sous tous les angles.


Quand une pièce est trop grande pour être posée sur un boulet, on fabrique un blot : c’est une planche de bois (adaptée à la taille de la pièce qu’on va ciseler évidemment) sur laquelle on vient couler une couche de ciment de quelques centimètres d’épaisseur. Le blot est ensuite fixé au boulet.


Suivant le travail à réaliser, le ciseleur utilise tout l’outillage nécessaire au travail des métaux : étau, limes, rifloirs, chalumeau, pinces, scie bocfil …





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